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L'art de dépeupler - après-midi de réflexions

Événement

Quand

  • samedi 08 décembre 2018, de 13h30 à 19h00

Pour y aller

Description

L’Art de dépeupler

Après-midi de discussion samedi 8 décembre à Saint-Bruno

Saint-Bruno est un quartier peuplé. Tous ceux qui passent ici le savent. Saint-Bruno est peuplé de toutes celles et ceux habitent ses rues, s’y arrêtent, y discutent, traînent aux terrasses des cafés, se reposent et jouent dans les parcs. Saint-Bruno est peuplé de rires, d’engueulades, de sifflets, des cris du marchés, des odeurs de poulets rôtis et de mahjouba. Saint-Bruno est peuplé de langues et de saveurs qui viennent des quatre coins du monde. Saint-Bruno est peuplé d’amitiés, de coup de main, de débrouille. Saint-Bruno est peuplé de différents mondes qui cohabitent, et parfois coopèrent ou s’entrechoquent.

Mais depuis 30 ans que la désindustrialisation du quartier a été achevée, une lame de fond vient bouleverser ces manières de l’habiter, attaque ces liens et les usages communs de la rue. Et pousse les plus démunis à plier bagages. Silencieusement et brutalement. Pourquoi s’encombrer de pauvres quand les usines ont été transformées en centre d’art contemporain ou en atelier éphémère de Street Art ?

Aujourd’hui, l’objectif poursuivi est de plus en plus clair : que Saint-Bruno devienne un quartier de l’hypercentre, que la continuité métropolitaine avec la presqu’île scientifique et Bouchayer-Viallet soit achevée. Que Saint-Bruno devienne une pièce de la Métropole signifie le vider de sa vie, réduire peu à peu l’usage de ses rues, de ses places, à de froids rapports de consommation. Mais aussi faire disparaître les formes d’occupation et d’appropriation populaires de l’espace qui y subsistent, fluidifier la circulation et le soumettre aux injonctions de l’urbanisme sécuritaire.

Ce qui nous arrive ici, arrive aussi ailleurs. Dans la plupart des villes occidentales la même logique se déploie. À l’échelle des anciens quartiers populaires ce processus d’expropriation et de remplacement par des populations plus riches a été appelé gentrification. Mais ce phénomène s’inscrit lui-même dans une dynamique plus globale de mise en concurrence des grands centres urbains et une course à l’attractivité : la métropolisation.

Nous qui refusons de considérer ces logiques comme inéluctables, et encore moins comme naturelles, nous entendons les prendre pour ce qu’elles sont : des logiques ennemies. Ennemies de toute vie commune et de toute ville populaire. Et nous avons d’abord des questions à partager : quelle réalité très matérielle se cache derrière cet étrange terme de « gentrification » ? Et quels discours viennent légitimer cette expropriation d’une brutalité implacable ? Quel rôle jouent les entrepreneurs de l’art et de la culture dans ces opérations d’urbanisme ? Pourquoi nos villes deviennent-elles des métropoles ? Quel monde cela préfigure-t-il ? Et enfin, quelles lignes de conflits sommes-nous à même de tracer ? D’autres manières d’habiter et de s’approprier la ville peuvent-elles prendre place dans ce champ de bataille ?

Pour commencer à répondre à ces questions nous vous invitons le samedi 8 décembre à une après-midi de réflexion qui s’articulera autour de quatre interventions :

* Saint-Bruno : quartier créatif ?

L’art et la culture dans les transformations urbaines

par Didier Moineau, auteur de Dérive dans une ville créative (2018)

* Gentrification et mixité sociale, un lien à déconstruire

Processus de gentrification, politiques publiques et objectif de mixité sociale

par Anne Clerval, enseignante chercheuse en géographie, auteure d’un ouvrage de référence sur la gentrification, Paris sans le peuple (2013)

* Les métropoles barbares

Analyse et histoire de la métropolisation comme fait social total

par Guillaume Faburel, professeur en géographie, urbanisme et science politique auteur de Les métropoles barbares (2018)

* Fragmenter l’urbain

Retour sur un séminaire contre la métropole durable à Dijon (2018)

par un membre du groupe « Politiques urbaines » du Quartier libre des Lentillères

De 13h30 à 18h au Club Saint-Bruno

Entrée libre et gratuite